Au cours d’une rencontre tenue lundi 16 juillet 2018 à la Bourse du travail autour de la hausse du prix du carburant à la pompe entre une délégation conduite par le Médiateur de la République Mohamed Saïd Fofana et les syndicats, l’ancien ministre de la Sécurité (sous Lansana Conté) Dr Sékou Koureissy Condé a invité les syndicalistes à mettre de côté les frustrations personnelles. Estimant que le manque de dialogue conduit à l’inacceptation, il les a invité à privilégier le dialogue par-dessus tout.

Tout d’abord, Dr Sékou Koureissy Condé a estimé qu’il serait impardonnable qu’il ne prenne pas part à cette démarche noble et glorieuse. Après avoir écouté avec soin les différentes interventions, il dénote que ce retrait des syndicats de la table de négociation est dû à deux choses. « Frustration par rapport à des comportements, des réactions et à des façons de faire. Mais également souci face aux conditions de vie des populations. Monsieur le médiateur, président du groupe, lorsque l’incompréhension, lorsque le manque du dialogue persiste, ça devient l’inacceptation. Donc ce n’est pas le sujet qu’on voit, c’est l’objet », a-t-il dit. Ensuite, à travers des cas d’exemple dans la sous-région, il a invité les différents protagonistes à privilégier l’intérêt de la Guinée en laissant de côté les frustrations personnelles. « Quand la Sierra Leone est rentrée en guerre, j’étais au gouvernement à ce moment, j’ai voyagé 12 fois en Sierra Leone et au Liberia.
Lorsque je disais à mes collègues de Centrafrique que ce n’était pas un problème entre musulmans et chrétiens, personne ne me croyait. Aujourd’hui, ce pays est divisé en douze provinces, chaque province est dirigée par un chef rebelle. Les gens ne se parlent plus. Je parle du Mali, nous sommes au Mali, mon organisation est au Mali depuis 2011. C’était le nord du Mali, aujourd’hui nous sommes au centre du Mali.

La question qui se pose est : quand est-ce que le sud du Mali sera atteint après le retrait des forces internationales ? L’Afrique de l’Ouest est menacée. Et généralement, ce qui nous fait mal, ça nous fait mal parce que vous représentez un peuple. La Guinée n’appartient pas plus au président de la république qu’à nous. Nous sommes tous responsables, je regrette que les Guinéens ne s’acceptent plus. Et lorsqu’on parle des autres c’est comme si on ne se connaît pas. Chacun de nous ici a dirigé quelque chose, a une expérience en quelque chose. Mais l’expérience la plus pratique c’est que nous sommes le fruit de plusieurs transitions, de plusieurs crises, de plusieurs drames. C’est ce qu’il faut arrêter. Je vous fais confiance.
Moi j’ai appris à rencontrer le mouvement syndical à travers Hadja Rabiatou Sérah Diallo et monsieur Ahmadou Diallo qui m’ont convié en 2010 ici. C’était la première fois et depuis à travers l’Afrique, partout où je vais, je suis fier de ce qu’on dit du syndicalisme guinéen », a affirmé le président de la CANEG et Directeur Exécutif d’African Crisis Group, Koureissy Condé.

En conclusion, il dit considérer que c’est le syndicat qui a rendu service à la Guinée et non l’inverse. « J’ai dit que le syndicat a rendu service à la Guinée, la Guinée n’a pas rendu service au syndicat. Et je souhaite vivement, dans cette période sensible, que les émotions personnelles et les frustrations soient tues. C’est parce que la sous-région est en danger. Nous avons de l’or dans notre pays. L’or c’est le trésor, et le trésor c’est les armes.

Lorsque l’on disait aux Libériens que la guerre allait arriver à Monrovia, ils disaient que c’étaient des histoires. Et lorsqu’on partait à Monrovia, c’était des discussions, il m’a insulté, machin, … Et en fin de compte, on ne compte pas le nombre de morts. Votre revendication est juste et justifiée, c’est mon sentiment et légitime par-dessus tout. Je compte sur vous et je compte sur la sagacité et la sagesse des personnalités ici présentes pour que la conscience nationale renaisse et qu’on se mette au-dessus de nos contradictions et que l’on n’attende pas la communauté internationale pour nous libérer de nos frustrations et nos blessures », a-t-il conseillé. Depuis le 1er juillet dernier, la Guinée est plongée dans une crise sociale provoquée par la hausse du prix du carburant à la pompe qui est passé de 8 à 10 000 francs guinéens.

Les syndicats et les acteurs de la société civile exigent le maintien du prix à 8000 fg. L’Etat quant à lui de brandit la subvention de trop (près de 100 milliards/mois) qui l’empêche de réaliser ses ambitions pour les populations.

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