« Dans une interview qu’il nous a accordée, le directeur exécutif d’African Crisis Group, Dr Sékou Koureissy Condé, et aussi président de la CANEG, a posé le diagnostic des séries de crises, à la fois politique et syndicale, que le pays traverse.

Ancien ministre et ancien médiateur de la république, il aborde également, en ce jour de grève syndicale et de journée ville morte de l’opposition, des solutions possibles de sortie de crise.

Du Diagnostic des crises actuelles ?

Nous sommes rentrés dans l’année 2018 avec des crises dans les bras. La grève des enseignants a commencé en février 2017. Elle a été suspendue sur la base des promesses, qui n’ont pas été respectées. Ensuite, nous sommes rentrés dans le nouvel an avec la perspective d’organiser des élections communales le 4 février 2018. Mais ces élections locales portaient déjà des germes de crise. Aujourd’hui donc, nous sommes confrontés à une série de crises en maturité. Autant sur le plan politique que syndical, les revendications ont atteint un niveau où il n’est plus possible de dire simplement « clamez-vous » ou « taisez-vous ». Mais il faut proposer des solutions pratiques et durables. 

De l’origine du problème ?

Le fonds du problème, c’est que le président de la république s’est mis dans trois difficultés en même temps. Il appartient à lui, à lui tout seul, avec toutes les bonnes volontés, qui devront l’accompagner, de revoir et de corriger.

S’agissant de la crise syndicale, j’observe d’abord que le président de la république est intervenu trop tôt. Finalement, au lieu d’être arbitre, il est devenu partie intégrante du processus. D’où l’absence d’un arbitre central. Deuxièmement, la lecture du gouvernement de cette crise syndicale n’est pas la bonne. La crise actuelle est intra-syndicale, et non une crise gouvernementale ou politique. C’est plutôt une crise de fonctionnement. Le syndicaliste Aboubacar Soumah a été muté, suspendu, poursuivi et son salaire suspendu… Toute chose, qui n’arrangeait pas puisque ne répondant pas aux textes. Aucun texte n’autorise le gouvernement à suspendre ou à muter un syndicaliste en période d’avis ou de préavis de grève. Cela frise l’intimidation. Soumah peut ne pas partir. Il n’est pas obligé de partir. Après, on a dit qu’il n’est pas un interlocuteur. Le problème syndical ne se résume pas au bureau mais sur le terrain. Le seul outil de protection des travailleurs, c’est la grève organisée. Le syndicaliste est le représentant des sans-voix. Il est protégé. Mais en la matière, on a pris Soumah comme une personne, alors qu’il est le porte-parole d’une corporation, déjà très frustrée, et qui vit dans des conditions difficiles. On ne peut pas proposer des solutions politiques à toutes les questions sociale, professionnelle, religieuse, culturelle et économique. La Guinée a tendance à apporter une solution politique et même électorale à toutes les questions qui se posent. Non. C’est pourquoi, nous sommes dans l’impasse. »

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