Invité à débattre de la situation sociopolitique guinéenne à l’Université de Sonfonia, le directeur exécutif de l’African Crisis Group et président de la Convention des acteurs non étatiques de Guinée (CANEG), Dr Sékou Koureissy Condé a déploré le fait que dans son pays, les acteurs politiques font recoure de plus en plus à l’ethnie pour se faire une place électorale au détriment de la coexistence pacifique.

 

Selon le Dr Sékou Koureissy Condé, la configuration actuelle du paysage politique guinéen découle de l’ignorance ou de la mauvaise interprétation du ‘‘multipartisme intégral’’ instauré depuis les années ‘‘90’’. De ce fait, le résultat en est qu’aujourd’hui, au lieu de servir de fondement démocratique solide, le concept est aujourd’hui utilisé à des fins ‘‘ethno-stratégiques’’ pour assurer une assise électorale aux partis politiques.

Si dans les grandes démocraties, souligne-t-il, le fief électoral d’un parti est là où il bénéficie du support et de l’accompagnement de la majorité de la population, malheureusement en Afrique et particulièrement en Guinée, on s’appuie sur l’ethnie. Alors en le faisant, le parti politique limite son champ d’action puisque d’une certaine manière, il se met en dehors des autres composantes de la nation.

La meilleure approche, soutient Dr Sékou Koureisy Condé, c’est d’envisager d’affronter toutes les ethnies avec un projet de société. «Mais, si on passe par le raccourci en utilisant sa famille, finalement lorsqu’on sera élu, la récompense, la redistribution ça sera vers ceux qui l’ont élu. Puisque ce n’est pas toute la Guinée qui l’a élu, il est sera obligé de récompenser ceux-là qui l’ont élu. Alors de l’ethno-stratégie, on va au népotisme, au favoritisme et tout cela est contre le développement».

La multiplicité ethnique est une chance

Le nombre d’ethnies dans un pays ne doit pas être un frein pour son développement, mais un atout à condition d’exploiter toutes les richesses culturelles: «Je ne suis pas contre l’ethnie, ni l’appartenance à une ethnie parce que c’est tout à fait naturel. La composition ethnique est une chance et une richesse pour la Guinée. Chacun doit se poser ces questions: Qu’est-ce que je peux faire pour permettre aux autres communautés de s’associer à ce que je veux faire de bon pour mon ethnie? Comment faire en sorte que mon ethnie puisse être un soubassement, une soupape de sûreté pour la promotion et le développement des autres communautés? Et Comment faire en sorte que la richesse que constitue mon ethnie soit une richesse partagée avec les autres ethnies?»

L’ethnocentrisme étant «une menace politique réelle pour la Guinée», il risque, selon Dr Condé, d’être exercé par la politisation «des valeurs culturelles».

Source : Guinee60.com