se taire, mais plutôt comment se faire entendre’’.

Mes chers compatriotes,

En ce mois de janvier 2019, je souhaite m’adresser directement à vous, alors que l’entrée dans la nouvelle année nous invite plus que jamais à croire en nous-même, à croire en l’Afrique de demain, au peuple souverain de Guinée, seul maître de son avenir.

Après des années d’engagement pour la paix, le dialogue et la réconciliation en Guinée et en Afrique, il est temps pour moi de prendre d’autres responsabilités. J’ai décidé de mettre mon expérience d’acteur de la société civile au service de mon peuple. C’est à la fois l’expression de mon attachement aux idéaux de liberté et de paix, et mon devoir de citoyen démocrate, républicain, patriote et humaniste.

Cette décision mûrie découle de mon analyse approfondie de la situation de notre pays. Je veux ici, mes chers compatriotes, vous faire part de ma vérité : toutes ces années, j’ai constamment dénoncé les maux qui fragilisent, paralysent, corrompent et meurtrissent notre société. Sans jamais renoncer à les combattre et à les vaincre avec les armes pacifiques que sont la sagesse du comportement et la force de mots tels que l’équité, la justice, la solidarité, la concorde et l’esprit de paix.

Ces mots, et les actes qui les rendaient crédibles et réalisables, ont convaincu et mobilisé une majorité de citoyens et de citoyennes de participer, à leur place, à toute leur place, à la vie nationale en honorant et cultivant les valeurs qu’ils défendaient.

Pourtant, ces mêmes mots ont déplu à certaines autorités qui estiment seules avoir le droit de penser et de savoir, qui s’autorisent à accuser à tort et à imposer à tous ce qui est bon et profitable uniquement pour elles. Et qui, avec la puissance de leurs réseaux politiques, économiques et partisans, ont voulu exiger mon silence et celui d’une majorité de Guinéens épris de paix et de justice !

Mais on ne peut garder le silence quand l’État néglige ceux qui ne sont d’aucun parti ou d’un autre parti, quand l’Etat ne se résout pas à poser les jalons d’une réconciliation pérenne, bafoue l’esprit et le principe d’unité et de conscience nationale, oublie de cultiver l’ éducation citoyenne et d’approfondir l’amour de la Patrie dans les écoles, au point de créer le doute quant à l’avenir d’un peuple pourtant uni par l’ histoire et fier de l’être. Cette situation exerce une pression réelle sur nos valeurs fondamentales et menace la coexistence et notre avenir commun. On n’apprend pas à un peuple comment se taire, mais plutôt comment se faire entendre.

De notre Patrie, la République de Guinée, nous avons hérité un passé séculaire, une histoire héroïque même dans les épreuves, des traditions légendaires, des langues de cœur, une culture ancestrale. Tout cela nous la fait aimer, au point de lui sacrifier parfois nos vies ; d’autres l’ont fait avant nous. Serait-il possible que la même Patrie nous transmette la haine de l’autre au lieu de son respect ? Le mépris de nos frères et sœurs au lieu du partage ? La violation des droits au lieu de leur protection et de leur défense ?

Peuple de Guinée, il est venu le temps du refus de la division : division signifie humiliation. Il est venu le jour du rejet de l’indifférence. Elle est venue l’heure de l’espérance.
Notre peuple a tant d’atouts ! Il est venu le temps de prendre notre destin en mains et de les faire éclore. Richesse de cœur et d’esprit, diversité des populations, imagination créatrice, énergie productive, puissance de travail, ressources morales, intellectuelles et culturelles, volonté de justice, d’équité et de solidarité, soif de paix, de concorde et d’unité, rien ne manque pour que nous construisions ensemble un destin collectif porteur d’avenir. A nous de le choisir et de le rendre possible.

La simple édification de grands immeubles ne saurait suffire à améliorer le quotidien des Guinéens. Elle renvoie certes une image de progrès et de développement au visiteur, au spectateur éloigné, mais tant qu’une telle image ne reflète pas la réalité sociale et ne suscite pas une véritable fierté avec la soif de faire mieux pour les générations futures, cette image restera un mirage.

Mes chers compatriotes, au cœur de notre projet, nous plaçons la jeunesse, force vive et active, qui représente l’espoirde tout notre peuple, la diversité et l’authenticité de toute la société civile, quelles que soient les sensibilités, les régions, les ethnies et les croyances. Agissons pour offrir à notre jeunesse des perspectives claires en lui redonnant résolument toutes ses chances.
Agissons ! Agissons encore et toujours pour la réconciliation dans notre pays. Comment transmettre non pas le poids d’un passé douloureux et tragique, mais l’énergie de le dépasser ? Comment rester fidèle à ceux qui ne se relèveront plus et construire un avenir basé sur la foi en un destin commun, la justice, le pardon et la réconciliation ? La Guinée ne peut pas s’infliger à perpétuité des souffrances civiles, économiques et sociales. La Guinée ne peut pas s’interdire le chemin de la paix, de la concorde et de la liberté, encore moins être privée de son honneur et écartée du mieux-vivre ensemble.

Guinée de nos fondateurs, de leurs héritiers, de nos aînés, de nos parents, de nous, frères et sœurs, en son cœur vivant aujourd’hui, Guinée que nous allons transmettre à nos enfants et qu’ils confieront aux générations futures, oui cette Guinée est notre vie.

Nous en sommes le sang, l’esprit, l’âme, la mémoire, l’amour, la grandeur.

Je prends donc mes responsabilités pour que nous parvenions ensemble à réussir cette Guinée-là, la Guinée éternelle. Comme premier acte de ce nouvel engagement politique, j’ai décidé de faire entendre sa voix en réactivant l’Alliance pour le Renouveau National (ARENA).
Désormais militant fédérateur, je serai fidèle à mes idéaux et au peuple de Guinée.
Vive l’unité nationale pour la paix et le développement !

Vive la République !

Sekou Koureissy Condé